Interdiction des bières à plus de 15° : mais existent-elles vraiment ?

Le nouveau président de la ligue contre le cancer a plaidé pour une interdiction à la vente des bières affichant plus de 15° d’alcool. Dans les faits, leur présence dans les rayons est (presque) inexistante.

La législation française va-t-elle se diriger vers un durcissement de la réglementation sur la consommation d’alcool ? C’est en tout cas ce que souhaite Axel Khan, le nouveau président de la Ligue contre le cancer. Sa cible ? Les bières, vendues en canettes, qui affichent des taux d’alcool supérieurs à 15 degrés.

Dans une interview accordée à nos confrères du Parisien, le généticien a littéralement fustigé les effets « catastrophiques » de ces boissons, notamment chez les jeunes. « Elles sont vendues dans des canettes de 500 ml. Une fois ouvertes, on ne peut plus les refermer, il faut boire jusqu’à la lie. Un jeune a alors consommé l’équivalent d’une bouteille de vin ! C’est inouï« . tempête-t-il.

Dans les faits, si les bières affichant un taux d’alcool supérieur à quinze degrés existent bel et bien, elles ne fleurissent pas dans les rayons des magasins. À l’inter-marché de Lambersart, de nombreuses canettes ornent le rayon consacré aux boissons houblonnées, dont la région est, aux yeux de tous, une spécialiste incontestable dans l’Hexagone. « Navigator », « Bière du démon », « Belzebuth » : des noms à faire hérisser les poils pour un goût… discutable.

« Rapport qualité-cuite »

Adrien, employé de l’hypermarché passe ses matinées à remplir ce rayon, chaque jour vidé de ses canettes multicolores. Pour lui, l’intérêt gustatif est loin d’être la priorité chez les amateurs de canettes : « Elles sont vraiment peu chères. Pour moins de deux euros [les clients] peuvent se procurer 50CL d’une bière qui contient autour de 12 degrés d’alcool. C’est forcément rentable lorsque l’on recherche l’ivresse à moindre coût ». Pour ce qui est des bières supérieures à 15 degrés, difficile d’en trouver au milieu des rayonnages. Seule la « Mégadémon » fait figure d’exception. Canette bleue, affichant comme égérie un Christ aux yeux injectés de sang, elle affiche 16 degrés : près du triple de la plupart des bières.

le packaging de ces bière en canettes est assez explicite

Adrien, dont nous tairons de patronyme pour des raisons évidentes, avoue venir tous les jours acheter « deux ou trois canettes » à moindre coût. Pour lui, interdire la vente de bière à plus de quinze degrés n’a pas de sens, et pour cause : « Ca n’existe quasiment pas » peste-t-il. Lui est un amateur de Navigator, une canette dorée qui affiche 11,8 degrés, pour le modeste prix de 1,24 euro. Il s’exclame : « Un rapport qualité-cuite imbattable ! »

Mille et une bières (à moins de 15°)

De l’autre côté de la rue, une autre ambiance. Chez le célèbre brasseur Maître Georges, plus de 1000 bières sont en exposition, dégustation et vente. Parmi elles, aucune n’affiche plus de quinze degrés. La plus forte, la Shamislov, en provenance de Pologne titre à « seulement » 14 degrés d’alcool. « Et encore c’est n’est pas une bière qui se vend énormément. La demande des clients c’est plutôt sur des bières entre 6,5 et 8,5° », nous explique le brasseur.

Mais si des bières aussi alcoolisées ne courent pas les rayons dans les magasins, français, le procédé de fabrication de la célèbre boisson houblonnées peut permettre aux producteurs de faire grimper le taux d’alcool, presque sans limites. C’est dans ce cadre que la brasserie écossaise Brumister a produit une bière à…67,5° ! le procédé est simple, comme nous l’explique Michel, un employé passionné par ces processus de fabrication :  » La bière est brassée plusieurs fois. Entre chaque brassage, la bière et congelés, puis on retire le maximum d’eau pour conserver le plus d’alcool possible. Il y a encore de l’effervescence alors c’est toujours considéré comme de la bière ». Alors, le combat contre la bière écossaise plus forte que du rhum, nouveau cheval de bataille de la Ligue contre le cancer ?

Nicolas Coadou

NDLR : Pour les besoins de ce reportage, aucune bière n’a été consommée par le journaliste présent sur place. L’abus d’alcool est dangereux pour la santé.

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