Roubaix : il se bat pour rapatrier ses proches, partis en Syrie

Dans la nuit de lundi a mardi, des affrontements ont éclaté dans le camp d’Al-Hol en Syrie. Une cinquantaine de femmes armées ont été arrêtées à la suite d’échanges de tirs. L’une d’entre elle a été abattue par les soldats kurdes qui contrôlent le camp.

Depuis un certain temps, l’Organisation de l’Etat Islamique, qui reprend du service dans la région, accroît son influence sur les femmes prisonnières du camp d’Al-Hol. Certaines femmes djihadistes ont formé une Hisba, une police des mœurs islamiques, et punissent les autres femmes qui tentent de s’éloigner des idéaux prônés par Daesh. Elles n’hésitent pas à les violenter ou à mettre le feu à leurs tentes.

Situé dans le nord-est de la Syrie, Al Hol et l’un des camps les plus dangereux du monde. Ce campement concentre entre 70 000 et 90 000 personnes parmi lesquels on retrouve des réfugiés, des familles déplacées par la guerre en Syrie, mais surtout des mercenaires ou djihadistes de Daesh, parqués dans une zone à part. Parmi elles, on dénombre près de 50 nationalités différentes dont de très nombreuses françaises. Le camp est sous le contrôle des Forces Démocratiques Syriennes, une coalition à majorité kurde soutenue par les pays occidentaux dans leur lutte face à l’Organisation de l’Etat Islamique.

Surpeuplé, le camp est sujet à des conditions sanitaires désastreuses. Les maladies se multiplient, l’accès à l’eau et à la nourriture est difficile. De nombreuses personnes qui s’étaient rendu avant la chute du dernier bastion de l’Etat Islamique à à Baghouz, retombent sous l’influence de l’Organisation terroriste.

À des kilomètres de là, à Roubaix, un jeune homme suit attentivement sur son portable l’évolution des heurts de la veille. Amine Elbahi a 23 ans. Il est concerné de près par ces évènements : sa grande sœur est partie rejoindre Daesh en 2014. Elle y a donné naissance à son neveu et sa nièce, respectivement âgés de 4 et 2 ans. Juriste en Droit public, il s’est mis en tête de tout faire pour les rapatrier, pour que sa sœur soit jugée en France et que les deux enfants puissent être pris en charge. Depuis l’année dernière, la France a déjà rapatrié 18 enfants de djihadistes. Tous sont orphelins. Le gouvernement ne souhaitant pas rapatrier les parents coupables de crimes terroristes.

L’année dernière, la peur au ventre, Amine s’est rendu dans le Rojava syrien à l’invitation des représentants kurdes. Il n’a pas pu entrer en contact avec sa sœur. Les kurdes souhaitent l’installation d’un Tribunal International sur leur territoire afin de juger les crimes commis par les soldats de Daesh. Cette solution a peu de chance de voir le jour étant donné que les Rojava n’est pas considéré comme un Etat à part entière par les puissances internationales. C’est donc dans cette situation bâtarde qu’Amine tente de plaider la cause du rapatriement de sa sœur. Porte parole d’un collectif de familles dont les proches sont partis en Syrie, il travaille également étroitement avec les familles de victimes des attentats commis en France.

La situation des enfants dans le camp est préoccupante. « 90 % des enfants détenus à Al-Hol ont moins de 6 ans. Ils ont certes grandi en Syrie, entourés par le terrorisme mais n’ont aucun recul sur les événements. Des familles et des associations en France sont déjà prêtes à leur fournir une assistance adéquate à leur retour. Ce ne sont pas des bombes à retardement comme pourraient l’être des enfants plus vieux, voire adolescent, aujourd’hui dépeins comme des lionceaux du califat« , affirme Amine.

Qu’est ce qui attend ces enfants s’ils sont rapatriés en France ? « Il seraient pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance. Placés dans un premier temps pour soins et assistance psychologique. Puis rendu aux familles qui souhaitent les accompagner. Avec mes grands-parents, nous sommes prêts à donner à ces gamins des conditions de vie respectables et décentes pour qu’ils puissent avoir les mêmes chances que n’importe quel enfant dans notre République. A cet âge, ce ne sont pas des monstres. »

La mutinerie d’hier soir souligne l’extrême précarité de la situation. La violence croît dans ce camp. L’Organisation Etat Islamique a menacé de lancer une opération armée pour libérer les femmes présentes dans le camps et acquises à sa cause. Jointe par téléphone, la sœur d’Amine qui est pourtant disposée à rentrer en France, affirme que de nombreuses femmes y trouveraient un moyen de fuir l’enfer de Al-Hol, quitte à reprendre les armes…

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