Brexit. La “dernière offre” de Boris Johnson

À 29 jours de la date prévue pour le départ du Royaume-Uni de l’UE, le temps presse pour mettre en place un accord de divorce viable. Lors du congrès du Parti Conservateur qui a eu lieu hier mardi 1er octobre, Boris Johnson a délivré son “offre finale”, qu’il présentera prochainement à Bruxelles. C’est à prendre ou à laisser.

« Si Bruxelles ne noue pas le dialogue sur cette offre, alors ce gouvernement cessera de négocier jusqu’à ce que nous ayons quitté l’UE ». C’est sans concession que Boris Johnson, a annoncé sa proposition d’accord hier, entouré de ses soutiens conservateurs.

« Nous sortirons de l’UE le 31 octobre, quoi qu’il arrive, a averti M. Johnson. Ce que le monde entier veut, c’est en finir avec ce sujet (…) et passer à autre chose. » Avec ou sans accord, le premier ministre est apparu déterminé, bien que le Parlement britannique ait voté une loi lui imposant de demander un nouveau report en cas de « no deal » au 19 octobre.

Selon le journal britannique The Telegraph, la proposition du premier ministre britannique prévoit que l’Irlande du Nord reste dans le marché unique européen jusqu’en 2025, tout en formant une union douanière avec le Royaume-Uni. Une offre qui amènerait à la création de deux frontières : la première entre les deux Irlande pour des contrôles douaniers, la deuxième en mer d’Irlande ( qui sépare la Grande-Bretagne de sa province nord-irlandaise ) pour des contrôles réglementaires. En 2025, il reviendrait à l’Assemblée nord-irlandaise de se prononcer définitivement sur son avenir.

Backstop or not backstop ?

Prévu dans l’accord conclu en décembre 2017, le backstop ou clause de sauvegarde devait être la priorité du Royaume-Uni et de l’UE. Créé par Michel Barnier, ex-négociateur en chef pour l’UE, le backstop vise à empêcher le retour d’une frontière physique entre les deux Irlande .

Élément central des accords présentés par Theresa May, le backstop (ou “filet de sécurité”) avait constitué un motif décisif dans le rejet des propositions d’accord de l’ex-première ministre par le Parlement britannique.

Ici, ce n’est pas la renaissance d’une frontière concrète que Boris Johnson souhaite établir mais plutôt une simple frontière douanière. C’est ce qu’il a encore annoncé à la mi-journée : « Sans aucune circonstance, nous n’effectuerons de contrôles à la frontière ou près de la frontière en Irlande du Nord. Nous respecterons le processus de paix et l’accord du Vendredi saint [qui a mis fin, en 1998, à trente années de troubles en Irlande du Nord]. »

Une offre déja désapprouvée

Dans une région qui a connu trois décennies de violences entre républicains nationalistes (catholiques) et loyalistes unionistes (protestants) britannique, les habitants et les entreprises des deux côtés souhaitent garder une frontière aussi invisible que possible. La proposition de Boris Johnson a donc du mal à être acceptée. Par ailleurs, 31 % des exportations nord-irlandaises allaient en Irlande en 2016 et que près de 30 000 personnes passent quotidiennement de l’autre côté.

« Si ce que [Johnson] propose ce sont des contrôles douaniers sur l’île d’Irlande, alors je ne pense pas que ce sera la base à un accord. »

Le chef de la diplomatie irlandaise, Simon Coveney, s’est dit « pas très encouragé » par ces informations : « Si ce que [Johnson] propose ce sont des contrôles douaniers sur l’île d’Irlande, alors je ne pense pas que ce sera la base à un accord. » « Ce ne sera certainement pas acceptable pour le gouvernement irlandais, mais aussi pour l’UE dans son ensemble », a appuyé de son côté sa collègue aux affaires européennes, Helen McEntee.

Bruxelles n’a pas encore réagi officiellement. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, devait s’entretenir par téléphone aujourd’hui avec le premier ministre britannique après avoir pris connaissance de ses nouvelles propositions.

Si l’offre de Boris Johnson se voit refusée, l’hypothèse d’un “no-deal” serait potentiellement désastreuse sur le plan économique pour l’Union européenne, qui souhaite privilégier, en raison de relations commerciales fortes, le maintien du Royaume-Uni dans l’Union douanière.

Nina SOYEZ

Laisser un commentaire