Environnement. Lubrizol : quel danger représentent les 5 000 tonnes de produits chimiques parties en fumée ?

Hier, la liste des produits chimiques qui ont brûlé lors de l’incendie de Lubrizol a été publiée par la préfecture de Seine-Maritime. Plus de 5000 tonnes de substances, qui selon le gouvernement, ne présenteraient aucune dangerosité.

« Tous les produits ne sont pas dangereux. La dangerosité dépend de la quantité présente, du devenir des molécules après avoir brûlé et de la manière dont on est exposé (contact cutané, inhalation, ingestion). »  Le préfet de Seine-Maritime, Pierre-André Durand, à l’instar du gouvernement se veut rassurant. Depuis hier, la liste des produits chimiques qui se sont retrouvés au cœur de l’incendie de l’usine Lubrizol, a été publiée sur le site de la préfecture.

Additifs multi-usages, détergents, additifs pour carburant diesel, améliorants de viscosité, ce sont pas moins de 5 253 tonnes qui sont partie en fumée jeudi soir, provoquant un immense nuage opaque et des émanations qui ont suscité l’inquiétude des habitants.

Depuis jeudi, plusieurs dizaines de personnes se sont présentées aux urgences dont 70 au CHU de Rouen. « Nous avons reçu une quinzaine de personnes, dont une a été hospitalisée au cours des derniers jours, avec les yeux qui piquent, la gorge qui gratte ou encore la dyspnée {difficulté à respirer} » informe le service des urgences de la clinique du Cèdre, à Bois-Guillaume (4 km au nord de Rouen).

Réactions chimiques inconnues

Parmi les 5200 tonnes qui se sont vaporisées, plus de 99 substances ont été identifiées. Pour Frédéric Poitou, expert chimiste, la composition des produits de base présente déjà une toxicité inquiétante: “Les produits de la liste sont pour certains dangereux, pour d’autres très toxique, voire mortel ”. Avant de souligner : “ La vaporisation, faisant passer une substance de l’état liquide à l’état gazeux, peut démultiplier la toxicité. Il faut noter aussi qu’une fois sous forme de gaz, les substances peuvent se recombiner entre elles, et en former de nouvelles qui peuvent être d’autant plus nocives, c’est ce qu’on appelle l’effet cocktail”.

« L’inhalation de poussières ou de brouillard peut provoquer de graves affections pulmonaires et la destruction des tissus des poumons.« 


Disponibles sur le site de la préfecture, les centaines de fiches des produits entreposés à Lubrizol décrivent les mesures de sécurité et les effets toxicologiques. Pour le LUBRIZOL 75X, un lubrifiant alimentaire, on peut lire à la section 11.1 “ L’inhalation de poussières ou de brouillard peut provoquer de graves affections pulmonaires et la destruction des tissus des poumons. L’exposition répétée à un brouillard acide peut conduire à une trachéobronchite chronique, l’usure et la coloration des dents, une pneumonie bronchique et des troubles gastro-intestinaux.”

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Les analyses de la qualité de l’air, publiées dimanche soir par la préfecture, ont démontré toutefois une absence de dioxyde de soufre SO2, dioxyde d’azote N02 et des particules fines PM10, des substances dangereuses pour l’homme si elles s’avèrent inhalées.

« L’air prélevé n’est plus vraiment nocif à la date d’aujourd’hui mais il est nocif par exposition à tout ce qui est retombé sur les sols de la banlieue rouennaise. »

Pour l’expert en chimie, l’absence de toxicité souligné par ces mesures s’expliquerait par le fait que “ toutes les substances dangereuses sont retombées puisqu’elles étaient accrochées aux particules fines. L’air prélevé n’est plus vraiment nocif à la date d’aujourd’hui mais il est nocif par exposition à tout ce qui est retombé sur les sols de la banlieue rouennaise et dans les champs agricoles.”

Risque de dioxine

La principale crainte partagée par les experts comme par les politiques serait d’observer la présence de dioxine, une substance toxique dangereuse, qui figure dans la liste des cancérigènes certains, et dont la mesure n’a toujours pas été rendue publique aujourd’hui. 
“ Les dioxines sont formées dans les phénomènes d’incinération et on les retrouve à la sortie des incinérateurs.” explique Frédéric Poitou. “Globalement l’ensemble des stocks de produits qui étaient listés correspond au type de substances qui génèrent des dioxines à la suite d’une combustion”.

Cette mesure aurait été normalement effectuée par les camions NRBC (Nucléaires, Radiologiques, Biologiques, Chimiques), dont certains ont été déployés lors de l’intervention par les sapeurs-pompiers de Rouen. Dans un article de Libération publié hier, l’un d’entre eux dénonce l’opacité des résultats d’analyses qui ont été réalisées pendant l’intervention.

Tandis que le gouvernement tente de rassurer la population en soulignant que  » Les produits [de l’usine] ne sont pas tous dangereux », Frédéric Poitou s’interroge: “ Pour le moment nous ne savons pas tout. Si tous les produits ne s’avèrent pas dangereux dans la totalité, nous ignorons pour l’instant leur degré de toxicité après combustion.“

Nina SOYEZ

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