Athlétisme. Dopage : Alberto Salazar, la victoire à tout prix

Mardi 1er octobre, l’entraîneur américain Alberto Salazar a été suspendu pour 4 ans et évincé des mondiaux d’athlétisme de Doha par l’agence de lutte contre le dopage (Usada). Les chefs d’accusation ? « Organisation et incitation à une conduite dopante interdite ». Le Chemin du Nord revient sur la périlleuse carrière de l’ancien marathonien. 

Dépassement – de – soi. Trois mots pour résumer une vie de sportif, celle d’Alberto Salazar. Figure majeure de l’athlétisme américain, l’entraîneur sulfureux de 61 ans a franchi bien des lignes pour n’arriver qu’à une fin. Toujours la même. La victoire. Athlète puis entraîneur, le cubain d’origine vient d’être suspendu quatre ans par l’Usada pour incitation au dopage.  

Un athlète « borderline »

En 1976, Alberto Salazar intègre l’université de l’Oregon. Il n’a qu’une chose en tête : améliorer ses performances. Pour se faire, il commence à expérimenter différents procédés et produits. Il s’entraîne notamment avec un masque contenant des cristaux chimiques qui absorbent l’oxygène et recréent les conditions d’une course en altitude, prend du diméthylsulfoxyde (utilisé contre l’inflammation des chevaux de race) pour limiter les courbatures.

« Si vous voulez atteindre un objectif élevé, vous allez devoir prendre des risques »

Alberto Salazar

En 1978, l’athlète de 20 ans participe à la Falmouth Road Race dans le Massachussets. Sa température monte à 42,2 degrés. Il finit à l’hôpital. Le médecin fait appel à un prêtre pour l’extrême onction. « Si vous voulez atteindre un objectif élevé, vous allez devoir prendre des risques », lance Alberto Salazar quelques heures après le marathon de Boston en 1982, au terme duquel il s’écroule après avoir couru 42km sans s’hydrater. A cette époque, il domine pourtant la discipline au niveau national. Âgé de 24 ans, il a déjà gagné trois fois d’affilée le marathon de New York, avec un record du monde en poche. 

En 1984 aux JO de Los Angeles, son corps le lâche. Il finit 15e du marathon. En 1988, il rate la qualification pour les Jeux de Séoul. Dépressif, celui qu’on surnommait « M. Persistance » prend sa retraite. Il consomme alors du Prozac et de la testostérone “de façon thérapeutique”, soigne sa dépression et devient entraîneur. 

Un coach emblématique

En 2001, Alberto Salazar est désigné pour diriger l’Oregon Project. Il s’agit d’un groupe d’entraînement de très haut niveau financé par l’équipementier Nike. L’américain y façonne des palmarès impressionnants, comme celui du Britannique Mo Farah, quadruple champion olympique (2012-2016) et sextuple champion du monde sur 5 000 et 10 000 m. En 2007, Alberto Salazar fait une crise cardiaque, sans incidence sur la suite de sa carrière. Mais si ses résultats sont probants, les Agences mondiales et américaines antidopage mènent l’enquête, suite notamment à un documentaire à charge de la BBC, diffusé en 2015. Mardi 1er octobre, les investigations aboutissent à la suspension d’Alberto Salazar pour quatre années. 

Des charges accablantes

Trafic de testostérone, injections abusives d’acides aminés, documents médicaux falsifiés et tentative d’opposition au travail des enquêteurs… L’Usada affirme avoir rassemblé « de nombreuses preuves » parmi lesquelles « des témoignages, des messages électroniques et des bulletins médicaux ». Son président a affirmé mercredi que les athlètes de Salazar étaient « des animaux de laboratoire » dopés à leur insu. « Aucun athlète actuellement aux championnats du monde n’est concerné », a-t-il assuré dans une interview diffusée mercredi par la chaîne allemande ZDF. Sept athlètes figurent en effet aux mondiaux de Doha, dont deux ont déjà été sacrés (Donovan Brazier sur 800m et Sifan Hassan sur 10 000m). 

Nike est-il mis en cause ? Difficile de se prononcer pour le moment. Le PDG de Nike Mark Parker, dont le nom est cité dans l’enquête, est immédiatement monté au créneau pour défendre la marque à la virgule. Se disant « horrifié » et « choqué » par la conclusion de l’enquête, il a soutenu Salazar et assuré dans une lettre aux salariés que « Nike n’a pris part à aucune initiative destinée à doper systématiquement les athlètes ».

Le multiple champion du monde Mo Farah a déclaré dans un communiqué être « soulagé que l’agence antidopage américaine, après quatre ans, ait achevé son enquête sur Alberto Salazar (…) J’ai toujours dit que je n’avais aucune tolérance envers ceux qui enfreignent les règlements ou franchissent la ligne ».

Quant au principal intéressé, Alberto Salazar, il s’est dit « choqué par la décision », affirmant s’être « toujours assuré que le Code mondial antidopage était strictement respecté ». Il fera appel de sa suspension.

Antoine MORIN

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