Athlétisme. Doha : les 5 raisons d’un fiasco

Organisés du 27 septembre au 6 octobre 2019 dans la capitale qatarie, les championnats du monde d’athlétisme tournent au fiasco. Entre déboires sportifs et polémiques, le Chemin du Nord revient sur les 5 principaux dysfonctionnements d’une compétition bâclée. 

1. Les soupçons de corruption

En 2014, la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) confiait l’organisation des mondiaux 2019 au Qatar. Depuis, le parquet national financier (PNF) français a ouvert deux enquêtes sur ces conditions d’obtention. Fin mars, le PNF a mis en examen le directeur général du groupe médiatique qatari BeIN, Youssef Al-Obaidly, pour « corruption active » ainsi que l’ancien président de la IAAF de 1995 à 2015, Lamine Diack, pour « corruption passive ». En cause : deux virements de 3,5 millions de dollars chacun, réalisés en 2011 par la société Oryx Qatar Sport Investment au profit d’une société sénégalaise dirigée par le fils de Lamine Diack.  Des soupçons similaires demeurent en ce qui concerne les conditions d’attribution des coupes du monde de football 2018 en Russie et 2022 au Qatar. Enquêtes en cours.

2. Des chaleurs suffocantes et une humidité record

« On nous prend pour des cons », disait l’athlète français Yohann Diniz avant même le début de la compétition. Une fois celle-ci débutée, ses craintes se confirment. Le 50km marche tourne à la farce. Hors-stade, la température affiche 32 degrés et le taux d’humidité 75%. Malgré un départ donné à 23h30 locales, le champion du monde 2017 de l’épreuve cède au bout de 16km, terrassé par la chaleur. Lors du marathon dames, 30 participantes sur 68 abandonnent.

« J’ai promis à ma famille que je rentrerais sain et sauf, j’ai tenu ma promesse en abandonnant. »

Matej Toth

Malaises, blessures, évacuations sur brancard ou fauteuil roulant, … La fournaise de Doha n’épargne personne. Pire, elle met en danger les athlètes.  « J’ai promis à ma famille que je rentrerais sain et sauf, j’ai tenu ma promesse en abandonnant » , a ainsi confié le champion olympique Matej Toth.

3. Un désastre écologique 

Si hors du stade Khalifa, les températures avoisinent les 40 degrés en journée et 30 degrés la nuit, les conditions climatiques restent supportables à l’intérieur de l’enceinte grâce au système de climatisation. Bon point ou aberration écologique ? On serait tentés d’opter pour cette dernière. Pour réduire la température de 15 degrés, les qataris ont mis en place 3 000 tuyaux diffusant de l’air frais en permanence dans le stade… à ciel ouvert. Un dispositif qui a deux coûts : 81 millions de dollars d’une part, un lourd tribut environnemental de l’autre. 

4. Des tribunes vides

« Le sport a été oublié à Doha. Ce n’est pas une culture d’athlétisme. Je pense qu’ils vont trouver du public mais ça ne sera pas des fans de notre sport et il n’y aura pas l’engouement habituel », confiait au journal Le Monde le directeur technique national de l’athlétisme français, Patrice Gergès, dix jours avant la compétition. 

Une prévision une fois de plus vérifiée. Quelles que soient les épreuves, les tribunes du stade Khalifa sont tristement dégarnies depuis le début du championnat. Selon The Guardian, seuls 50 000 billets ont été vendus pour les dix jours de compétition, alors que le stade comprend 46 000 sièges. Pour pallier cette désaffection, les organisateurs envisageaient même de distribuer des billets gratuits. La veille de l’épreuve reine, le 100 mètres, on pouvait trouver des places à 30 euros. Du jamais vu. En cause : les conditions climatiques et le peu d’intérêt du public local pour l’athlétisme. 

5. Un scandale de dopage pour finir

Mardi 1er octobre, l’entraîneur américain d’athlétisme Alberto Salazar a été suspendu quatre ans pour « organisation et incitation à une conduite dopante interdite ». L’ancien marathonien et coach emblématique de la star britannique Mo Farah a été éconduit manu militari de ces mondiaux par l’Usada (agence américaine de lutte contre le dopage). L’agence l’accuse de trafic de testostérone, d’injections à ses athlètes d’acide aminée au-delà des doses autorisées et de tentative d’opposition à la collecte d’informations par l’Usada. Une décision qui jette un trouble sur la compétition, où sept athlètes sont entraînés par Alberto Salazar, dont deux déjà sacrés (Donovan Brazier sur 800m et Sifan Hassan sur 10 000m). Une affaire qui pourrait bien éclabousser l’équipementier Nike, qui finance un centre d’entraînement chapeauté par l’entraîneur.

Antoine MORIN

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