Éducation. A Lille, les enseignants entre colère et émotions

Dix jours après le suicide de Christine Renon, directrice d’école maternelle à Pantin, en Seine-Saint-Denis, les enseignants et directeurs d’établissement sont en grève partout en France. Ils expriment leur colère et témoignent d’une vive émotion.

« Ce n’est que la troisième semaine depuis la rentrée, et on se sent déjà au bout du rouleau, lâche un enseignant en REP+, c’est la première année. » A quelques heures de la mobilisation à Lille, des enseignants et directeurs du SNUipp-FSU se sont retrouvés en assemblée générale. « Nous n’en resterons pas là », promet Yves-Marie Jadé, secrétaire départemental SNUipp Nord. 

« Un effet boomerang »

Dans la salle, certains choisissent de prendre la parole. « Le suicide de Christine Renon a eu un effet boomerang », témoigne une directrice. « Ça a été la goutte d’eau », soupire une institutrice, citant la situation des policiers : « Le service public est sous pression

Une autre directrice partage également son sentiment : « C’est le malaise en général au travail, on sent déjà une très forte pression. »

Certains directeurs racontent leur quotidien : des classes de CP ou CE1 de REP+, non dédoublés, contrairement à la réforme, faute de locaux disponibles, la violence d’élèves ou de parents, mais surtout, « le sentiment de ne pas être écouté ».

« Donner une image de sérénité »

« Surcharge de travail, perte de sens du métier, injonctions permanentes », c’est le constat que réalisent les enseignants. Dans l’assemblée, des instituteurs proposent la création d’un moratoire sur les conditions de travail ou l’ouverture de cahiers doléances.

Parmi les revendications, les directeurs d’établissement demandent une aide administrative, la présence de secrétaire, et d’obtenir une meilleure décharge d’enseignement. Le directeur obtient une “décharge totale d’enseignement”, c’est-à-dire que ses activités se concentrent aux fonctions de direction, si son école compte plus de 14 classes.

« Le directeur se doit de donner une image de sérénité »

Bruno, directeur de primaire depuis 19 ans. 

« Un tel drame ne doit plus se reproduire »

En ligne, une pétition dénonce les conditions de travail. Présentée par l’intersyndicale (SNUipp-FSU, SE-Unsa, Sgen-CFDT, CGT-Educ’action, Sud-Education), elle a déjà recueilli plus de 94 000 signatures.

L’intersyndicale « réclame une toute autre qualité de vie au travail et je refuse que le travail engendre des situations de souffrance au quotidien, notamment par des demandes, des prescriptions et autres injonctions ». « Un tel drame ne doit plus se reproduire », conclut la pétition. 

Environ 200 personnes étaient rassemblées devant l’inspection académique de Lille ce 3 octobre.

Shahad ALKHOURY et Anne-Laure JUIF

Montage vidéo : Marie SENECHAL

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