Irak : des émeutes entre habitants et forces de l’ordre font 18 morts

Des manifestants se sont rassemblés jeudi dans la province sudiste et chiite d’Amarah où quatre manifestants ont été tués par les balles des forces de l’ordre. C’est le troisième jour de contestation en Irak.

Une grande partie de l’Irak s’est réveillée jeudi avec un couvre-feu et une panne d’Internet, alors de fortes répressions se déroulaient en même temps dans la capitale. Le couvre feu a été instauré à partir de jeudi « jusqu’à nouvel ordre » selon les autorités.

Un mouvement contre le chômage et la corruption

Le mouvement lancé mardi dans la capitale contre la corruption, le chômage et la panne des services publics a fait des centaines de blessés et 18 morts (source AFP). Les forces de sécurité ont utilisé du gaz lacrymogène et des balles réelles mardi contre les foules de manifestants, majoritairement des jeunes au chômage, à Bagdad et dans de nombreuses villes du sud.

« Vous parlez d’un peuple qui a été envahi par les américains, les iraniens, et l’état islamique. En plus de tout ça, il n’y a toujours pas assez de nourriture. Leur colère ne va pas s’éteindre bientôt », explique Hashim al-Hashimi, spécialiste irakien sur des questions de sécurité et de terrorisme.

Réponses par balles réelles

La réaction violente des services de sécurité a déclenché de vives protestations, mercredi, qui se sont intensifiées à mesure que la répression se poursuivait.

Le même jour, des affrontements ont continué à Bagdad jusque tard dans la nuit, quelques heures après que le Premier ministre irakien Adel Abdul Mahdi a déclaré l’établissement d’un couvre-feu illimité dans la capitale.

Au même moment, une série de tirs et d’explosions s’est produite prés de la « zone verte », un territoire ultra sécurisé de Bagdad qui abrite des institutions gouvernementales, des ambassades et des bases militaires (dont certaines sont américaines). Cette « zone » a été construite en 2003 à l’entrée des américains en Irak .

« Aucune installation n’a été touchée. Les troupes se réservent toujours le droit de se défendre, les attaques contre notre personnel ne seront pas tolérées », a annoncé le général américain Myles Caggins, au Washington Post.

L’influence iranienne et américaine critiquées

Mercredi soir, le leader chiite Moqtada Sadr a décidé de mettre son poids dans la balance. Il a appelé ses très nombreux partisans, qui avaient déjà paralysé le pays en 2016 avec des manifestations dans la capitale, à organiser des manifestations « pacifiques », faisant craindre une explosion de la mobilisation.

L’Irak qui est en état de guerre depuis la guerre de 2003, est miné de tensions politiques en raison de la lutte de pouvoir que se livrent ses deux « parrains », l’Iran et les Etats-Unis.

Des manifestants ont scandé « Iran out out, Baghdad free free », alors que d’autres protestaient pour le retrait de l’armée américaine des territoires irakiens. « Ce mouvement est apolitique ! Nous voulons ni les religieux, ni les militaires. La priorité est que les jeunes retrouvent du travail », raconte un manifestant à la caméra du média irakien El Hadath.

Mourad KAMEL

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