Lubrizol. A Rouen les angoisses persistent et se transforment en mal-être

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Les déclarations en cascade du gouvernement n’y changent rien ; les Rouennais ont le sentiment qu’on ne leur a pas tout dit. Ils sont nombreux à avoir souffert de différents symptômes après l’incendie de l’usine Lubrizol il y a une semaine à Rouen. Aujourd’hui ils sont inquiets pour l’avenir et se sentent mal à l’aise dans une ville qui ne leur est plus aussi agréable.

« Dès que je peux je vais chez ma mère à Amiens. Je retourne vraiment à Rouen que parce que je dois travailler. » Une semaine après l’incendie de l’usine classée Seveso, Roxane H., 36 ans, ne prend plus aucun plaisir à vivre à Rouen. Elle travaille de nuit dans un foyer de la protection de l’enfance. Le 26 septembre, elle a tout vu depuis son lieu de travail ; les explosions, la fumée. « On sait qu’il y a des usines autour de la ville, tout le monde vit avec sans y penser vraiment« , explique-t-elle.

Roxane H. a filmé l’incendie depuis son lieu de travail.

Elle en est persuadée, elle a été touchée physiquement par l’accident. Le jeudi quand elle se réveille vers 14 heures elle ressent une migraine « pas comme les autres » : « C’était une douleur lancinante au niveau des tempes, pas du tout la barre sur le front comme pour une migraine classique« .

Aujourd’hui les symptômes et l’odeur nauséabonde ont disparu mais l’événement n’est pas derrière elle pour autant. « Je suis en colère, je remets sincèrement en cause le fait de vivre à Rouen alors que je viens d’emménager dans le quartier dans lequel j’ai toujours rêvé de vivre« , se désole la Rouennaise.

Le malaise s’est aussi installé chez Aurore Dumont, une assistante médico-psycho-sociale ; « On nous ment, on nous dit que ce n’est pas toxique mais j’ai passé trois jours avec une migraine et des nausées. Doit-on partir ou non ? Trop de questions restent sans réponses. » Cette mère a du mal à rassurer ses trois filles qui ont entendu les sirènes le matin de l’incendie. « Hier on a entendu la sirène des pompiers pour le premier mercredi du mois. Ma fille de 5 ans m’a demandé si c’était encore le feu. » Elle ne sait pas ce que sa famille et elle risquent en restant à Rouen.

L’attitude des élus ne passent pas

Au-delà des symptômes qu’ont ressentis les Rouennais, la souffrance est aussi psychologique ; beaucoup sont amères face à l’attitude des élus depuis une semaine.

« J’aurais préféré que le Préfet nous dise « nous aussi on est inquiets » mais là c’était vraiment « circulez il n’y a rien à voir », regrette Roxane H. Lucie Troude, une étudiante en BTS de communication âgée de 18 ans la rejoint : « J’ai l’impression que le préfet notamment n’est pas honnête. Pourquoi n’est-ce pas si grave si des personnes qui nettoient se promènent avec des masques, ont des problèmes de respiration, ne doivent pas sortir de chez eux ? » (NDLR, le matin de l’incendie, le Préfet avait déconseillé aux Rouennais de sortir de chez eux par précaution).

Maintenant, certains Rouennais se demandent si l’incendie modifiera les conditions de vie dans la ville normande sur le long terme. « Les poussières sont parties mais on peut imaginer qu’elles retomberont dans les nappes phréatiques à un moment ou à un autre« , s’inquiète Roxane H.

Comment faire la part des choses entre des souffrances et des symptômes physiques dont ont souffert plusieurs Rouennais et les déclarations unanimes des responsables politiques ? Louis Frédéric, de la CFDT au CHU de Rouen, relativise ; « l’hôpital était prêt face à un afflux massif de patients qui n’a pas eu lieu« . Le jeudi 26 septembre, la fréquentation n’a pas été plus élevée que d’habitude. Selon lui, c’est même plutôt l’inverse, à cause des mesures de confinement recommandées par les autorités. Depuis, il n’a pas vu la différence avec les semaines précédentes.

Clara DE BEAUJON et Nicolas ROCCA

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